mardi 9 février 2010

Chapitre vingt-neuf


Septembre noir
   
La rentrée scolaire de fin août et le mois de septembre représentaient toujours une épreuve pour Ewel. Même si elle appréciait les longues semaines des vacances d'été, elle trouvait la coupure trop longue et la reprise du rythme effréné de la vie scolaire lui posait de plus en plus de problèmes à mesure que les années passaient. Heureusement, ces difficultés étaient compensées par son expérience professionnelle et l'assurance acquise pendant ses dix-sept années d'enseignement. Pour cette raison, les obstacles qu'elle rencontra ce mois de septembre-là la surprirent avec d'autant plus de véhémence qu'elle n'y était pas préparée. Le retour en classe l'épuisa, les quatre programmes qu'elle devait assurer lui paraissaient d'un poids excessif. Elle fut incapable d'apprendre et de retenir le nom des cent cinquante élèves dont elle avait la charge. Elle eut du mal à se concentrer et à tenir un discours cohérent. Quelques heures de cours d'affilée lui paraissaient interminables. Elle se mit à guetter le son de la cloche libératrice avec autant d'impatience que les élèves. Le plus inquiétant fut qu'elle ne réussit pas à donner une explication satisfaisante à son état. A défaut, elle se persuada que son épuisement était la conséquence du déménagement de l'été. La maison n'était toujours pas terminée, les retouches tardaient. Elle n'avait plus la force, ni le courage de courir derrière l'architecte et les entreprises. Quant à Yoav, il avait renoncé à rappeler les corps de métier. Une fois de plus dans sa vie, Ewel se sentit vide, privée de toute énergie vitale.

Pour Tal, ce septembre représenta le retour à l'école non pas après deux, mais cinq mois de vacances. Ewel aurait dû anticiper les difficultés qu'une telle reprise entraînerait. A cause de son propre état, elle ne fut pas assez attentive à celui de son fils. Ce dernier fut à nouveau obligé de se plier au cadre contraignant et infantilisant de l'école. En plus de son horaire chargé, il dut rattraper les examens manqués pendant son extra-muros. Malgré sa facilité dans ses études, ces examens exigeaient un minimum de préparations. Or, il y répondit avec une nonchalance qui rappela la passivité de son cousin trois ans plus tôt. En effet, le comportement de Tal se modifia, mais pas suffisamment pour que ses parents y prêtent attention et s'alarment. L'adolescence étant une période de perpétuels changements et remises en question, l'attitude du jeune homme sembla s'inscrire dans un processus normal de croissance et de maturation. Ses plaintes au sujet de l'école, de ses enseignants, de ses camarades, de son frère, de ses parents, de la nourriture, du temps, de la nouvelle maison, de tout et de rien ne semblèrent pas anormales, mais juste l'expression d'un crise passagère. A aucun moment, Ewel ne reconnut la détresse de son fils. Parfois, un peu agacée, elle fit des commentaires qu'elle regretterait plus tard:
- Tu es méprisant, Tal! Tu n'as aucun mérite d'être né avec un cerveau aussi performant. Tu acquerras ta propre valeur, le jour où tu auras accompli quelque chose dans ta vie!
- Tu te comportes comme un roi vis-à-vis de ses vassaux. Ne te prends pas pour le roi David, tu es Tal!
- Je sais à présent pourquoi les garçons doivent quitter un jour le nid familial! En grandissant, vous prenez de plus en plus de place. Vous vous sentez comme le maître des lieux. Quand le nid devient trop petit pour vous, vous devez le quitter, commencer votre propre vie.

Ces remarques parurent indignes de commentaires à Tal qui haussa les épaules avant de se réfugier dans sa chambre. En fait, le moment de quitter le domicile familial n'était pas venu pour lui à cause des longues études universitaires qu'il envisageait. Toutes les portes lui étaient ouvertes, mais les questions concernant son avenir le préoccupaient. Comme sa grand-mère le lui avait suggéré, il se rendit dans un centre d'orientation où les conseillers, après lui avoir fait subir un série de tests, lui proposèrent des filières professionnelles très diverses. On lui recommanda les métiers de musicien, diplomate, chercheur en sciences ou médecin. Aucune proposition ne sembla vraiment l'enthousiasmer, mais Ewel se rassura à l'idée que l'appétit vient en mangeant. Lorsqu'il lui demanda son avis, elle lui proposa la médecine pour la culture générale, pour la profession; il pourrait plus tard s'orienter vers la recherche et pratiquer la musique par plaisir. Pour une fois, Tal sembla acquiescer. Depuis longtemps, il avait renoncé au rêve d'enfance de devenir chef d'orchestre. Il avait également laissé tomber son idée du métier idéal: devenir meneur de secte! Avec humour, il aimait répéter que c'était le meilleur gagne-pain: on disposait d'argent, de femmes et d'admiration à profusion. Dix jours avant sa mort, dans le séminaire d'orientation, Tal rédigea cette auto-évaluation:
« Je suis à l'aise dans les conversations intellectuelles. Je suis capable de comprendre les autres. J'aime agir avec indépendance. J'ai besoin de stimulation intellectuelle, de créativité, d'autonomie, de changement et de temps libre pour la famille, les amis etc. Mes intérêts sont d'ordre musical, scientifique, littéraire, médical et pratique. Je suis concentré. Je possède un vocabulaire assez riche. Je m'exprime facilement. Je sais faire une critique sans être trop blessant. »
Est-ce que ce sont là des phrases d'un jeune homme dépressif, d'un jeune homme candidat au suicide? Que se passa-t-il pendant ce mois de reprise scolaire?

Le seize septembre, la date de son dix-huitième anniversaire, tomba un samedi. Ewel demanda à son fils ce qu'il comptait faire à l'occasion de cette journée exceptionnelle et s'irrita contre son "rien" déterminé.
- Rien? Ça ne va pas! Tu as dix-huit ans, l'âge de ta majorité. On doit fêter ce jour! C'est un grand moment dans une vie!
- Pour moi, c'est pas important et je n'ai pas envie de fêter.
- Alors, on fait comme d'habitude. On invite grandma, grandpa et toute la famille?
- Fais ce que tu veux!

Déçue, mais pas vraiment surprise de la réaction de son fils, Ewel téléphona à tous les membres de la famille pour les convoquer à un brunch. Malgré une migraine d'enfer, elle se leva de bonne heure pour préparer le gâteau au fromage blanc que Tal avait demandé pour l'occasion; elle s'en réjouit, car c'était également sa pâtisserie préférée: son fils lui ressemblait à bien des égards. Comme d'habitude, elle manqua la cuisson: au lieu d'obtenir une belle forme circulaire, son œuvre s'avéra aussi difforme qu'une perle baroque. Pour se faire pardonner, elle décida d'en faire une sorte de plaisanterie et malgré son mal de tête, enfila un costume de Fifi Brindacier au moment de présenter le gâteau à son fils. Il rit de bon cœur. Comme il se doit à dix-huit ans, Tal fut gâté par les membres de sa famille. Après avoir débouché une bouteille de champagne et goûté le contenu d'un magnum de 1988, il reçut ses cadeaux. Sa tante et ses oncles lui offrirent une somme généreuse pour son équipement de musique, ses parents un bon pour obtenir son permis de conduire, son frère quelques BD et ses grands-parents lui remirent cérémonieusement la chronique familiale rédigée par grandpa, cinq brochures dans une cassette en bois où se trouvait également une lettre en allemand:

Cher Tal,
Cette histoire de famille que nous te remettons à l'occasion de ton dix-huitième anniversaire ne te paraîtra probablement pas très importante aujourd'hui. Ce n'est pas surprenant, car devant toi se trouvent, espérons-le, de nombreuse bonnes années et nous te le souhaitons de tout cœur!
Malgré tout, tu devrais bien conserver le contenu de cette boîte. Dans 40 ou 50 ans, peut-être plus tôt, tu verras le passé avec d'autres yeux qu'aujourd'hui. Un jour, on ne se demande plus seulement où nous mène le chemin de la vie, mais également d'où il part.
Ces écrits pourront peut-être te donner les réponses concernant les aïeux de ta mère. C'est pourquoi cela nous ferait très plaisir que tu les ressortes un jour et les lises avec intérêt.
Une longue et heureuse vie te souhaitent tes grand-parents.

Avait-il lu la lettre? A dix-huit ans, on ne peut pas faire la part des choses, saisir les différentes trames d'une vie qui se superposent au fil des années; tout est vécu au premier degré. Tal entreposa la boîte et son contenu dans sa bibliothèque et ne l'ouvrit plus pendant les trois semaines qui précédèrent sa mort. Dans la chronique se trouvent les photos du frère de Grossmutter, la grand-mère d'Ewel, mystérieusement disparu dans le Rhin en 1924. En janvier 2007, Ewel lut la seule phrase qu'elle y trouva à son sujet: "Nous ne savons ni si Otto avait entrepris une formation professionnelle, ni laquelle. On ne parla pratiquement jamais de la vie et de la mort des deux frères. Aujourd'hui, nous regrettons d'avoir respecté ce tabou…" Ce tabou, Ewel ne le respecterait plus après le suicide de son fils.

Que représentaient ses dix-huit ans pour Tal? Il avait à la fois l'impression d'un renoncement, d'une perte de temps - à l'école par exemple - et d'une peur diffuse de l'avenir. Conscient qu'il quittait définitivement l'enfance mais qu'il n'était pas encore adulte et capable de s'assumer seul, il éprouvait d'une part de la nostalgie pour un temps révolu où le monde lui paraissait encore digne d'intérêt et d'autre part la crainte de ne pas être à la hauteur des exigences du monde adulte. Le dimanche 24 septembre par exemple, les Suisses furent appelés aux urnes pour se prononcer sur un éventuel durcissement de la loi concernant l'asile des étrangers. Intéressé par le sujet, Tal s'était rendu avec ses parents à une soirée d'informations en présence de Ruth Dreifuss, ancienne conseillère fédérale, et de deux politiciens genevois de droite et de gauche, tous opposés à cette nouvelle loi. Le jeune homme suivit attentivement les exposés pour se préparer à ce vote crucial, le premier de sa vie. Dimanche matin, Yoav et Ewel se levèrent de bonne heure afin d'accomplir leur devoir citoyen avant de pratiquer leurs activités sportives respectives. Quand ils rentrèrent vers midi, Tal dormait encore. Lorsqu'ils exprimèrent leur déception parce qu'il avait manqué la votation, il se mit en colère, leur reprochant de ne pas l'avoir réveillé à temps. Visiblement, il avait du mal à prendre ses responsabilités, à se considérer comme adulte.

Avant son anniversaire, le seize septembre, Tal était mineur. Au lycée, on aurait dû s'alarmer du silence dont il entourait son TM. Or, il ne rencontra jamais l'enseignante censée l'encadrer dans ses recherches. Cette enseignante, qui était payée pour superviser son élève, aurait pu téléphoner à Ewel et Yoav pour les informer d'un problème, même s'il avait été d'ordre relationnel entre elle et leur fils. Dans cette totale indifférence, Tal se retira progressivement de son cadre de vie quotidien. Personne ne perçut ce détachement progressif. Seuls quelques camarades s'étonnèrent de ne plus le voir travailler du tout, de s'installer devant une épreuve dans son option principale sans avoir au préalable consulté le moindre document. Un jour, les cours furent suspendus pour donner la parole à un groupe de prévention contre le suicide. Avec détachement et scepticisme, Tal observa de loin la pièce de théâtre et le débat qui suivit. Les dépliants distribués suscitèrent des fous rires chez les plus jeunes des élèves. Soudain, il explosa:
- Taisez-vous, hurla-t-il, bande d'abrutis, ce ne sont pas des plaisanteries, c'est du sérieux.

Les élèves regardèrent le jeune homme avec étonnement, mais personne ne rapporta la scène à Ewel. Dans cette totale indifférence, la direction du lycée, au lieu de convoquer l'élève pour faire le point après son extra-muros et de discuter avec lui de son TM, prit l'initiative de lui envoyer une lettre. En Suisse, on ne se parle pas, on envoie des lettres. Des lettres anonymes, des lettres de menace, parfois des lettres d'excuse. En Suisse, on ne communique pas sans avoir pris rendez-vous, on n'exprime pas ses émotions de manière trop ostentatoire, on a des exigences, on est perfectionniste jusqu'à un certain point, car la Suisse est le pays du compromis; il faut constituer une bonne moyenne, ne pas faillir bien sûr, mais ne pas être excellent non plus. La Suisse est l'un des pays au monde avec le plus haut taux de suicides: une personne part toutes les six heures, quatre personnes par jour.
 
Les 18 ans de Tal

lundi 8 février 2010

Photos Gran Canaria

 
   
 
Notre magnifique Taltoul!

dimanche 7 février 2010

Chapitre vingt-huit


Dernières vacances

Pour la première fois depuis qu'ils étaient parents et pour la première fois depuis qu'elle était historienne de l'art, Yoav et Ewel partirent une semaine seuls à Rome, laissant leurs grands enfants sans surveillance dans la maison rouge. Ils avaient confiance! Miranda, leur aide à domicile, vint à deux reprises et leur rapporta admirative:
- Vous avez vraiment des enfants extraordinaires! Un soir, Tal a invité ses amis et leur a cuisiné du poisson. Le lendemain tout était rangé, nickel!
Il avait passé une soirée en compagnie de ses amies "canadiennes". L'une d'entre elles le convainquit de l'accompagner au cours de samaritains, obligatoire pour passer le permis de conduire. Tal s'exécuta. Pendant cette soirée, le pauvre Naïm fut obligé de se retirer dans sa chambre.

Mi-août, toute la famille partit pour une semaine de vacances à la Grande Canarie, des vacances au rabais qu'Ewel avait réservées dans l'idée d'une pause, d'un court changement d'horizon. Alors que Tal n'avait aucune envie d'accompagner ses parents et son frère, sa mère réussit à lui faire changer d'avis:
- Tal, ce seront probablement tes dernières vacances avec nous! En septembre, tu auras dix-huit ans, après quoi, tu feras ce que bon te semble. De plus, une semaine ce n'est pas long, ça nous changera les idées après le stress du déménagement.

Malheureusement plusieurs mésaventures gâchèrent les dernières vacances familiales communes. D'abord, ils restèrent bloqués plusieurs heures à l'aéroport de Las Palmas. Tous deux, Ewel et Yoav avaient oublié leurs permis de conduire et ne purent emmener leur voiture de location. Ils avaient besoin au moins d'une photocopie du document officiel pour que le loueur accepte de leur laisser un véhicule. Ils téléphonèrent aux parents d'Ewel qui se trouvaient au même moment sur leur voilier au milieu du lac Léman. Au moins quatre heures s'écoulèrent avant que grandpa ne trouvât les papiers nécessaires et ne les fît parvenir au loueur. En attendant, Ewel proposa à ses trois hommes de prendre un verre dans un café de l'aéroport, seul Tal accepta son invitation. Alors que la situation l'irritait visiblement, il se détendit en sirotant son café. Avec son humour habituel, il dit:
- La seule chose dont j'aurai à me plaindre à la fin de ma vie, c'est du café trop chaud ou du café trop froid.
A cette remarque, Ewel sourit. Parfois les expressions de son fils lui paraissaient être des citations tirées d'une de ses nombreuses lectures. Celle-ci lui plut particulièrement: n'était-il pas en train de lui signaler que sa vie était parfaite, malgré quelques contrariétés?

Lorsqu'ils retournèrent auprès du loueur de voitures, celui-ci demanda à Ewel ce qu'ils avaient l'intention de faire pendant leur séjour. Elle lui expliqua qu'ils privilégiaient les marches à pied et les découvertes plutôt que le farniente sur la plage. Il lui indiqua alors une excursion à entreprendre au Nord de l'île dans une sorte de réserve naturelle qui ne figurait dans aucun guide touristique. Ravie, Ewel nota consciencieusement le conseil de l'autochtone. Quelques jours plus tard, ils s'y rendirent sans Naïm qui préféra passer une journée oisive à l'hôtel. Ils empruntèrent des routes escarpées serpentant dangereusement à travers le magnifique paysage volcanique. Ewel réalisa plusieurs portraits de Tal devant les abîmes qui surplombaient la mer. Il y paraissait absorbé par ses pensées: l'idée du suicide l'avait-elle effleurée alors? Le point de départ de leur expédition à pied fut difficile à trouver; après environ une demi-heure de recherches, ils aperçurent un vieux panneau indiquant Reserva natural et garèrent leur voiture. Or, à mesure qu'ils marchaient, le paysage leur parut de plus en plus désolé. Après avoir dépassé les ruines de ce qui avait jadis dû être un grand café, ils parvinrent à un chemin signalé par des panneaux décrépits, rouillés. Ewel insista:
- Ça doit être ici! On signale même des belvédères plus loin.
Ils persévérèrent et avancèrent le long d'un sentier ravagé, jonché de cadavres d'animaux dans une nature qui avait dû être luxuriante mais qui était desséchée et noircie comme après un incendie. Comme si cela ne suffisait pas, le ciel se couvrit d'un nuage grisâtre. A mesure qu'ils montaient, le moral d'Ewel baissait.
- Qu'est-ce que le loueur de voiture a eu comme idée de nous envoyer dans ce lieu de désolation? Ça doit faire des années que cette vallée est à l'abandon!

Arrivés en haut dans le village de Fargas, tous trois étaient d'humeur massacrante et finirent par se disputer; ils ne trouvèrent même pas de café pour noyer leur chagrin. Excédés, ils finirent par se séparer. Avec courage et détermination, Ewel retourna sur le chemin qui la mena à travers le purgatoire, tandis que Yoav et Tal empruntèrent la route bien plus longue que le sentier: il firent de l'auto-stop et arrivèrent en même temps qu'Ewel à leur voiture. Cette excursion dans la vallée de la mort, comme Ewel finit par l'appeler, gâcha une journée entière de leur dernier voyage familial et sembla préfigurer la tragédie qui les attendait. Ewel y repenserait souvent avec dégoût et un pincement au cœur. Un soir, suite à un nouveau désaccord, Ewel se rendit au restaurant avec Tal, alors que Yoav et Naïm pique-niquèrent à l'hôtel. Elle passa une soirée agréable en présence de son aîné où il lui fit part d'une préoccupation:
- J'ai l'impression qu'avec la globalisation tout commence à se ressembler dans le monde. Bientôt, il n'y aura plus rien de typique, où qu'on aille, où qu'on se rende, tout finira par se ressembler! J'ai même plus envie de voyager!
- Tu exagères un peu, observe la radicalisation des pays musulmans. S'il continuent ainsi, ils se retrouveront vraiment au Moyen Age.
En 2006, désillusionnée, Ewel avait perdu l'espoir d'une cohabitation pacifique des peuples et des religions.

A leur retour, tous les deux, mère et fils observèrent une étoile filante qui sembla se précipiter dans la mer. Ewel fit le vœu d'une belle et longue vie et se culpabilisa aussitôt; elle aurait dû inclure son fils dans son souhait. Elle se rassura à la pensée qu'une belle et longue vie pour elle incluait automatiquement Tal et le reste de sa famille. Elle ne saurait jamais si Tal avait formulé un vœu et lequel. A leur retour de la Grande Canarie, le jeune homme déclara:
- C'étaient mes dernières vacances avec vous!
Les parents s'attendaient à cette déclaration de leur fils presque adulte. Jamais, toutefois, ils n'auraient pu imaginer qu'il l'entendait au premier degré.

samedi 6 février 2010

Intermède II

Une nouvelle digression suite à mes propos concernant l'écrivain israélien David Grossman qui a perdu son fils en été 2006.

Début juin 2008, moins de deux ans après la mort de Tal et de Ouri, un peu plus d'un mois après la naissance de nos jumeaux, le facteur a sonné à notre porte pour nous apporter un colis en provenance d'Israël. Curieuse, je me suis empressée de l'ouvrir et y ai découvert le dernier roman de Grossman: Isha borakhat mibsorah (littéralement: Une femme fuit son destin). En le feuilletant, j'y ai découvert une dédicace:
"LéEwel véléYoav béyédidout. Béshoutfout ewel vésimkha al hayesh. (Vémazal tov léhouledet hatéoumim!) mi David Grossman"
Je traduis maladroitement: "A Ewel et Yoav avec amitié. Partageant le deuil et la joie pour ce qui est. (Et félicitations pour la naissance des jumeaux) De David Grossman"
C'était un cadeau extraordinaire, incroyable. Évidemment, David Grossman ignore tout de mes chapitres sur la vie de Tal, du fait que je parle de lui, de sa perte terrible. De plus, nous ne nous sommes jamais rencontrés. Alors comment une telle coïncidence était possible?

En fait, l'explication est simple. Une de mes amies en Israël est la traductrice attitrée de Grossman de l'hébreu en italien. Elle lui a parlé de nous et c'est par son intermédiaire que le livre nous est parvenu. Y. a lu le roman et l'a trouvé bouleversant, difficile. Quant à moi, les 637 pages en hébreu me découragent. A ma connaissance, le livre n'a pas encore été traduit en français. J'attendrai donc soit sa parution, soit ma retraite...

vendredi 5 février 2010

Hommage à G.

Le frère de Tal est triste aujourd'hui. Il a perdu un camarade d'école, G., qui avait un grave problème de santé: élève musicien au physique d'ange, je l'ai rencontré une ou deux fois lorsqu'il venait à la maison avec sa guitare pour des répétitions. Son décès m'affecte, je pense à sa famille et aux années difficiles qui l'attendent.

Une question me taraude: vaut-il mieux avoir aimé et perdu ou ne pas avoir connu cet amour dont on est privé à présent? Je ne suis pas sûre de ma propre réponse. Avant la mort de Tal, ma belle-sœur m'avait offert un album avec une citation que j'aimerais communiquer à la famille de G., elle répond partiellement à mon interrogation, mais se discute également:
"Les souvenirs sont le seul paradis dont on ne peut pas nous chasser."

jeudi 4 février 2010

Chapitre vingt-sept


Été meurtrier

La joie et l'impatience à l'idée de retrouver Tal après une absence de près de deux mois firent oublier à Ewel les soucis du déménagement. Accompagnée de Naïm, elle se rendit à l'aéroport en chantonnant au volant de sa voiture. A travers les vitres qui séparaient les voyageurs des proches venus les accueillir, Ewel aperçut Tal et son mari qui avait rejoint son fils en Israël, occupés à récupérer leurs bagages et leurs biens. Tel un parfait touriste, Tal portait un t-shirt blanc, des bermudas bleu clair et des tongs. Sa peau était basanée et ses cheveux  éclaircis par le soleil brillaient sous les lampes halogènes de l'aéroport. Il semblait avoir encore grandi et dépassait son père d'une bonne tête. Ewel le trouva magnifique et anticipa le moment de le serrer dans ses bras. Elle en oublia presque Yoav! Lorsqu'elle embrassa son fils, elle lui déclara fièrement:
- Tu es superbe, Tal. On voit que tu as passé du bon temps en Israël. Je suis tellement heureuse de te revoir.
Visiblement, Tal ne partageait pas son bonheur. Il lui répondit avec une certaine indifférence:
- C'est vrai, c'était bien. Je n'ai pas très envie d'être ici!
- Tu n'es pas content de rentrer? Demain, nous déménageons, nous allons vivre dans notre nouvelle maison! Tu verras, elle est vraiment réussie, même si elle est loin d'être terminée.
- Je suis rentré pour vous aider avec le déménagement, mais franchement ça m'embête. J'ai trop de travaux qui m'attendent ici: en plus de déménagement, il y a mon TM (travail de maturité), les examens à rattraper! Franchement, j'étais mieux en Israël!
Ewel essaya de le raisonner sans paraître trop moralisatrice:
- Tu as eu des vacances à rallonges. A présent quelques devoirs t'attendent: mais tu y arriveras.

A aucun moment, elle n'avait douté des facultés de son fils: il accomplirait ses tâches avec la même facilité déconcertante que par le passé. Jamais l'idée qu'il pût se trouver face à une difficulté ou une incapacité d'accomplir un ouvrage aussi nouveau que le TM n'avait effleuré Ewel. Elle-même avait terminé son mémoire en histoire de l'art en un peu plus de deux semaines. Dans son esprit naïf, le talentueux jeune homme devait y arriver plus facilement qu'elle. Or, le sujet de son TM était complexe: "Considérations et applications politiques de la théorie de la chute du taux de croissance démographique mondial". Lorsqu'il avait dû se décider, Tal avait hésité. Un peu par hasard, il avait proposé un thème qui constituait une obsession transgénérationnelle dans la famille d'Ewel. En effet, grandpa avait régulièrement mis en garde ses enfants des méfaits d'une surpopulation planétaire. Toute jeune déjà,  Ewel s'était convaincue qu'elle n'aurait pas d'enfants… deux au maximum. Elle avait transmis ses préoccupations à Tal et se réjouissait à présent de lire le résultat de ses recherches. Ce qu'elle ignorait, c'était que précisément chez les enfants à haut potentiel intellectuel, l'assimilation d'un très grand nombre de données et d'informations peut constituer une importante source d'angoisses, que la peur d'un échec les mène souvent à "un repli dépressif, parfois suicidaire".1 Justement pour un adolescent comme Tal, le rôle du maître accompagnant du TM était essentiel, indispensable pour mettre de l'ordre dans son stock débordant d'informations. Or, il ne rencontra jamais l'enseignante qu'on lui avait attribuée.

Contrairement à son fils, Yoav était d'excellente humeur. Les dix jours dans sa famille l'avaient détendu. Après les salutations, il dit à sa femme:
- Il faut suivre les nouvelles, il y aura des développements intéressants en Israël. Le Hezbollah, suite aux événements à Gaza, s'est introduit à partir du Liban dans une base de Tsahal sur le territoire israélien. Après avoir tué huit soldats, les Palestiniens en ont capturé deux. Je me demande comment l'armée va riposter.
- Pardon, tu trouves ça intéressant, je dirais que c'est inquiétant. Je suis bien contente que vous soyez rentrés! répondit Ewel.

En rejoignant leur voiture, elle marchait aux côtés de son fils, admirant son profil régulier. Elle caressa sa joue à la fois douce et rugueuse sous l'effet de la barbe naissante, jusqu'à ce que celui-ci s'impatiente. A la maison, Tal demeura interdit sur le seuil de sa chambre. Il retrouva tous ses meubles: le lit pliable qui avait appartenu à Ewel lorsqu'elle était jeune fille et qu'il avait souhaité garder, les étagères, le bureau et l'armoire. Mais sa chambre s'était vidée de son contenu, de son âme. Ewel avait rangé toutes ses possessions, tous ses biens, toutes ses affaires, son ordinateur, ses livres, tableaux et gadgets, tout avait été empaqueté en vue du déménagement. Elle s'était même permis de jeter un certain nombre d'objets qu'elle estimait insignifiants. Avant le départ de son fils, elle lui avait demandé de commencer à ranger, d'opérer un tri; or, il n'avait rien fait. A présent, il paraissait troublé: le lieu où il avait grandi n'existait plus vraiment. Le déménagement représentait un congé définitif, un départ sans retour de l'enfance. Le soir avant de mourir, il avoua à sa mère qu'il n'aimait pas leur nouvelle maison, malgré la salle de musique, malgré la clarté et le volume des pièces. Après sa mort, Ewel retrouverait certains cartons qu'elle avait emballés, qu'il n'avait même pas pris la peine d'ouvrir. Les changements qu'entraîna le déménagement se muèrent-ils en gouttes de pluie venues arroser son lac artificiel?

Le lendemain de bonne heure, l'entreprise de déménagement se mit au travail. Avec l'aide de la famille d'Ewel et de quelques amis, ils réussirent en quelques heures à vider la maison où ils avaient passé douze belles années. L'aménagement de la maison rouge leur prendrait par contre quelques mois. Ewel avait répété à plusieurs reprises aux acquéreurs de leur ancienne maison combien sa famille y avait été heureuse, qu'elle avait abrité l'enfance de ses fils et que personne ne pouvait savoir ce que leur réservait la nouvelle maison. Toutefois, Ewel n'était pas nostalgique et aimait aller de l'avant, prendre des décisions et en assumer les conséquences. Comme leur nouveau logement comportait de nombreux avantages, elle ne pouvait envisager l'avenir qu'avec sérénité. Son seul véritable souci était la santé de grandpa. Toutefois à le voir travailler, suspendre des luminaires et installer les cabines de douche, elle se tranquillisa.

Comme ils n'avaient ni télévision, ni connexion Internet, ils suivirent l'actualité avec les moyens conventionnels, par la radio et les journaux. Le douze juillet, les "développements intéressants" prévus par Yoav au Proche Orient débutèrent avec une offensive de grande envergure de l'armée israélienne dans le sud du Liban. Contrairement à toutes les attentes, la guerre ne se termina pas en quelques jours, mais dura pendant plus d'un mois. Alors qu'Ewel pouvait comprendre les raisons qui avaient poussé Israël à entreprendre une action armée, elle était néanmoins opposée à cette guerre:
- C'est toujours pareil, on sait comment les conflits commencent; on ne sait pas quelle tournure ils prennent!

Ce jugement ne l'empêcha toutefois pas d'ammorcer une petite bataille personnelle à son modeste niveau. Quand elle n'était pas occupée à peindre le sous-sol, monter des meubles et ranger les armoires de la maison, elle écrivait aux médias francophones qui n'essayaient à aucun moment de tracer un portrait objectif des événements de la région et accusaient purement et simplement Israël de toutes les violations possibles et imaginables. Contrairement à sa retenue habituelle, elle fustigea:
Votre dossier sur le Liban est une perle dans la campagne de désinformation à laquelle on assiste à l'heure actuelle au sujet de la situation dramatique que connaît le Proche Orient. Votre journaliste par exemple a vraiment toutes les qualités qu'on est en droit d'attendre de la part d'un grand reporter. La guerre au Liban, ce sont des "massacres de civils": c'est pour cela qu'Israël a envoyé des mises en garde sommant les civils de partir avant de commencer le bombardement des fiefs du Hezbollah. Israël prend "les convois humanitaires ou de réfugiés (…) pour cible": il a tout intérêt que le monde entier le haïsse un peu plus encore. "Les atrocités commises par l'armée israélienne à Cana" ont été revues à la baisse d'au moins 50%, mais d'accord, n'importe quelle victime innocente est une mort de trop.

Ewel pleura les morts de part et d'autre: trop d'enfants étaient pris en otage entre les parties adverses. En même temps, inévitablement, elle s'identifia aux mères israéliennes: les soldats étaient des garçons entre dix-huit et vingt-trois ans, certains d'entre eux issus de familles pacifistes, des membres de l'organisation Shalom Akhshav par exemple, envoyés au Liban contre leur gré. Ainsi, trois cousins de Tal et de Naïm furent dépêchés au front. Ses propres fils qui possédaient la nationalité israélienne pourraient être un jour enrôlés dans cette armée meurtrière s'ils ne s'y opposaient pas. Toute leur enfance, Ewel avait tenté de les en dissuader. Le jour venu, à l'âge adulte, elle ne pourrait toutefois plus contrer leur décision. Un mois après le début des hostilités, Ewel lut avec effroi qu'Ouri, le fils de David Grossman, le fameux écrivain pacifiste, était tombé au Liban alors que son père venait d'écrire au premier ministre Ehoud Olmert pour demander de cesser les hostilités. Bouleversée par cette terrible ironie du sort, elle se demanda comment les familles faisaient face à tel désastre, à une telle perte. En ces moments, elle regarda affectueusement ses deux fils en pensant tout bas: "heureusement que nous vivons en Suisse!"

Sara, qui téléphonait habituellement une fois par semaine, les appela presque tous les deux jours pour les tenir informés au sujet de la famille. Pendant ces conversations téléphoniques, elle ne se lassa pas de faire l'éloge de son petit-fils Tal. Elle avait tellement apprécié leur cohabitation, Tal avait été si attentif et patient à son égard. Ils avaient eu de longues discussions au sujet de son avenir et elle lui avait conseillé d'aller trouver un orienteur professionnel. Tal l'avait gâtée par moments: un jour, il lui avait préparé un dîner tout seul, un autre jour, il lui avait spontanément apporté un bouquet de fleurs. Sara aimait son petit-fils et il le lui avait bien rendu. Que se passa-t-il dans le cerveau du jeune homme trois mois plus tard pour même oublier sa grand-mère exceptionnelle?

Pendant toute la durée du conflit, Tal resta parfaitement calme, presque indifférent aux nouvelles. A aucun moment, il n'exprima clairement son opinion, alors même que sa mère désirait engager un dialogue avec lui. Elle fut également surprise du silence dont il entourait son séjour dans sa deuxième patrie. Il ne communiqua presque rien sur cette nouvelle expérience vécue. Ewel n'insista pas, elle avait du travail dans la nouvelle maison.
Un matin, elle opéra un choix de photos de ses deux enfants depuis leur petite enfance jusqu'à l'adolescence, elle les encadra et les disposa pour les accrocher dans sa chambre à coucher. Soudain Tal fit apparition dans le cadre de la porte, observa sa mère et remarqua ironiquement au sujet des photos:
- Ben, dis donc! Ils sont importants ces deux là dans ta vie!
- Eh bien oui, ce sont les personnes les plus importantes de mon existence, répondit-elle sans hésiter et sans se laisser détourner de sa tâche.

Ewel avait installé le lit pliable de Tal dans la minuscule chambre d'amis du rez-de-chaussée: le jeune homme avait donc besoin d'une nouvelle couche. Après avoir visité un bon nombre d'expositions de chambres à coucher et de futons, elle proposa à son fils la solution d'un canapé lit. Un jour, ils se rendirent tous deux dans une grande maison de meubles à une demie heure de route de leur domicile. En riant, mère et fils testèrent les différents modèles de canapé et finirent par en choisir un conciliant confort, simplicité et esthétisme. Leur achat encombrant terminé, calé tant bien que mal dans le grand coffre de leur voiture resté entrouvert, Ewel demanda l'autorisation à Tal de jeter un rapide coup d'œil dans les magasins de mode environnants. Non seulement il l'y autorisa, mais encore, il l'accompagna avec curiosité. Il examina les étalages d'habits et finit par essayer un grand nombre de vestes en toile légère. Lorsque Ewel accepta d'acheter le blouson beige qu'il avait choisi après de longues hésitations, le jeune homme entoura sa mère des bras et posa un rapide baiser sur sa joue, indifférent du regard amusé de l'armada de vendeuses. Elle rougit,  les marques d'affection publiques de son fils étaient rares. Jamais, elle n'oublierait ce moment banal qu'en apparences.

Pendant les deux mois de vacances d'été, la plupart des journées de Tal se ressemblèrent. Il se leva tard, prit un petit déjeuner, enfourcha son vélo et partit nager dans le lac, faire une course à pied dans la région ou rencontrer des amis. Quand il était à la maison, il s'enfermait dans sa chambre pour lire, s'affairer devant son ordinateur et écouter de la musique, la plupart du temps du jazz à bas volume, parfois la chanson des Who. Enfin, il s'entraîna régulièrement au xylophone, instrument qu'il commençait vraiment à maîtriser. Avec l'âge, il sembla le pratiquer plus volontiers que les autres instruments de percussions. De temps en temps, Yoav et Ewel s'enquirent sur l'avancement de son TM; il y répondit avec une colère non dissimulée, de sorte que ses parents arrêtèrent de l'interroger. De toute façon, il n'y avait aucune raison de s'inquiéter. Les seules escapades de cette routine estivale furent ses visites dans les différents festivals de la région, Montreux puis Nyon. Pendant ces nuits de concert, il avait fait preuve d'une joie de vivre et d'une exubérance peu habituelles. Daniel, son ami, rapportera qu'il hurla à un groupe israélien une expression captée pendant son extra-muros: "Taassé li yeled" - "fais-moi un enfant" - le cri des fans féminines des chanteurs.

1 Tordjman Sylvie et autres, Enfants surdoués en difficulté, Stock, 2005, p.133

mercredi 3 février 2010

Le deuxième sexe

Un message un peu délicat, car au fond je ne sais pas grand-chose de la vie affective de Tal. Il était extrêmement discret et je me dois de respecter sa discrétion. On dit que les jeunes à tendance homosexuelle sont plus confrontés au suicide que les autres adolescents. Or, je crois savoir que Tal n'était pas homosexuel même s'il n'a à ma connaissance pas eu de petite amie pendant sa courte existence. En effet, en rentrant du Canada, il m'a avoué qu'il avait été "charmé" - il s'exprimait parfois de manière un peu précieuse - et m'a nommé le nom de la jeune fille, élue de son cœur. J'ai retrouvé plusieurs photos d'elle avec des légendes admiratives sur l'ordinateur de mon fils. Je ne les montrerai évidemment pas.

En Israël, plusieurs tentatives de "shidouch" (présentation) ont été entreprises à l'encontre de Tal. Il les a toutes déclinées poliment. Pnina, une amie de ma belle-mère, m'a raconté qu'elle lui avait présenté une "belle jeune fille riche". Il a passé quelques heures à la plage avec elle, lui a préparé un goûter, l'a fait beaucoup rire. Il a fait une forte impression sur elle, mais cela n'a pas été réciproque.

Le dernier soir, avant de mourir, Tal m'a juste dit qu'il ne désirait pas de relation avec une fille de "peur d'être déçu". Je ne saurai jamais ce qu'il entendait par là.